Chronologie

du peuple et de la musique

Tsiganes de Russie

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1500-1501 Les Roma entrent en Russie sans doute par le sud de la Pologne. Peut-être certains arrivent-ils par le Caucase, les bords de la Mer Noire et les bords de la Baltique. En Ukraine et en Crimée, certains vont se sédentariser. En Russie, ils sont connus sous le terme générique de Tsiganes.

1721 Des Tsiganes qui se dirigent vers l'Extrême-Orient atteignent Tobolsk en Sibérie et le gouverneur de la ville leur aurait donné l'ordre de faire demi-tour.

1733 L'impératrice Anna Ivanovna interdit aux Tsiganes de voyager. Et veut en faire des serfs de la couronne.

1759 Des musiciens et artistes tsiganes qui campent aux abords de Saint-Petersbourg sont introduits clandestinement dans la ville. La mode des ensembles tsiganes se développe. Les nobles encouragent les Tsiganes à camper sur leurs terres, les invitent à donner des fêtes dans leurs châteaux et vont même les écouter dans les campements. De la même façon, on les rencontre dans les mariages et dans les auberges aux abords de bourgades de toutes tailles.

Les Tsiganes sont interdits dans l'oblast de Saint-Petersbourg par l'Impératrice Elisabeth.

1772-1795 Au cours des partages de la Pologne ont lieu des mouvements migratoires divers des Tsiganes polonais, baltes et biélorusses, les statuts de ces communautés étant différents d'un pays à l'autre.

1774 Le comte Alekseï Grigorievitch Orlov (1737-1807) ramène une troupe de lautari vlakhs de la campagne de Moldavie, comme une attraction destinée à surpasser toutes les autres troupes des autres nobles. Ces Roma sont installés au village de Pouchkino près de Moscou comme serfs de ses domaines. La troupe qui est déjà conçue comme un ensemble de haut niveau destiné à animer les soirées princières est déguisée par Orlov : habits à brandebourgs de hussards hongrois pour les hommes et robes à crinolines pour les femmes. Elle est dirigée dans une discipline musicale stricte par un certain Ivan Trofimovitch Sokolov, et porte le nom de Kapella puis de Khor.

1807 Les Tsiganes du  Sokolov sont affranchis par le Comte Orlov.

1812 Pour son entrée à Moscou, Napoléon souhaite entendre le Sokolov mais il ne le peut pas car tous les Tsiganes valides se sont engagés dans l'armée de Koutouzov tandis que les femmes et les vieillards ont déserté la ville après avoir versé des sommes assez considérables en souscription volontaire pour l'armée russe.

1824 Le poète Pouchkine, exilé en Moldavie écrit sont célèbre poème "Les Bohémiens". Fou amoureux d'une artiste tsigane, il en aurait fait des crises d'épilepsie.

1833-1837 George Borrow visite la Russie. Il fréquente les Tsiganes et écoute les choeurs. Il donnera ses impressions dans "The Zincali" en 1841.

1839 Le marquis de Astolphe de Custine (1793-1857) qui visite Moscou et Nijni-Novgorod est l'un des premiers français à pouvoir admirer les choeurs tsiganes et s'en fait l'écho dans son ouvrage "La Russie en 1939". Les établissements musicaux fleurissent, ils vont de la guinguette-cabaret au palais-casino de trois étages :

à Moscou quartiers de Gruzini, Zamoska Rietche, Arbat, Parc Petrovski ...etc, on trouvera des établissements comme le Yar, l'Eldorado, la Strelnaya, l'Arcadia;

à Saint-Petersbourg dans le quartier Peski, la Tchiornaya Retchka (le Fleuve Noir), la Novaya Derevnya (le Nouveau Village);

en Géorgie la Moldavaya (la Moldave)

et même en Crimée.

1843 Le musicien Franz Liszt visite Moscou où il entend le d'Ilia Sokolov (mort en 1848). Il donne ses impressions ainsi que le récit de ses rencontres avec des bandes de musiciens tsiganes ukrainiens dans son livre "Des Bohémiens et de leur musique ...".

1848 Ivan Vassiliev succède à Ilia Sokolov. Il introduit les trios et les quatuors. L'instrument prédominant est la guitare à sept cordes. Les choeurs recueillent non seulement les chants folkloriques russes qui sans cela seraient tombés dans l'oubli et leur répertoire sera une mine pour les futurs folkloristes russes (Kachine, Gourilev ...etc) mais de plus, ils contribuent à l'essor de la musique nationale russe en mettant à leur répertoire les ?uvres des premiers compositeurs comme Glinka. Tous les grands compositeurs russes rendent hommage aux choeurs tsiganes et certains comme Tchaïkovski ou Rakhmaninov leur composeront des romances.

1856 L'écrivain Léon Tolstoï écrit "les Deux Hussards" dans lesquels il met en scène des Tsiganes. Il écrira plus tard, en 1900 "Le Corps Vivant". Ces nouvelles seront adaptées au théâtre tsigane. Tombé amoureux d'une artiste tsigane (Molostova en 1851), il faillit l'épouser. C'est ce que firent son oncle Fiodor Tolstoï (avec Audotia Tougalev), son frère, le comte Sergueï Nikolaevitch (avec Maria (Macha) Mikhaïlovna Chichkina des choeurs de Toula) et son fils Léon.

1856-1864 Entrée en Russie des Vlakhs libérés de l'esclavage dans les principautés roumaines. En Valachie, le prince Alexander Ghica avait commencé à affranchir les serfs de ses domaines en 1834, mais à la suite de la guerre russo-turque, l'esclavage avait été rétabli en 1848. La suppression ne sera définitive en Roumanie qu'en 1855-1856 et en 1864 dans le reste des Balkans (prince Couza). Beaucoup de Roma, de peur que se renouvelle le rétablissement de 1848 s'enfuient à l'étranger. Ils entrent en grand nombre en Ukraine et en Russie. D'autres musiciens tsiganes avaient déjà commencé à arriver de toute l'Europe en voyant le succès des spectacles de cabaret.

1861 Le servage est aboli en Russie. Tous les Tsiganes sont libres.

 1861-1914 Les choeurs tsiganes entrent en décadence et sombrent dans l'opérette et la mièvrerie. Barranikov parle de musique de rebut tombée dans le ruisseau. Slitchenko parlera d'art factice. Heureusement, les tsiganes nomades gardent leur répertoire et refusent de chanter en public.

1878 Le de Nikolaï Chichkine se produit à l'Exposition Universelle de Paris (Trocadéro). Puis il est entendu par le musicien Offenbach dans les locaux du journal "Le Figaro".

1879 Le musicien Claude Debussy se rend à Moscou où il écoute admirativement le de Fiodor Sokolov et sa diva soliste Picha.

L'écrivain Gorki, s'inspirant de Pouchkine et de Tolstoï met en scène des Tsiganes dans la nouvelle "Makar Chudra".

1917 A la suite de la Révolution d'Octobre, les grands artistes tsiganes très liés à la noblesse ou qui craignent la guerre civile émigrent. Les critiques parlaient en particulier d'un "art qui ne répond qu'au besoin d'érotisme des classes bourgeoises" ! Beaucoup se retrouvent à Paris. On peut mentionner la famille aristocratique des Poliakov ( à laquelle est apparentée l'actrice Marina Vlady) et celles d'origines plus modestes des Dimitrievitch ou des Goulesco entre autres.

1930 Le théâtre Romen de Moscou est fondé en octobre par Egor Poliakov et Lialia Tchiornaya après l'accord du commissaire du peuple Anatoli Lounatcharski. Il est solennellement inauguré le 24 janvier 1931. Ce sera pour longtemps, le seul théâtre tsigane du monde.

1925 Fondation de l'Union des Tsiganes de Russie. Après le décret d'attribution prioritaire de terres aux Tsiganes en 1926, elle lance en 1927 un appel à la sédentarisation puis est dissoute par le gouvernement ainsi que l'Union des Ecrivains Romani.

1941 Par décret, Staline crée des kolkhozes tsiganes.

1958 A la suite de la libéralisation du régime, certains Tsiganes redeviennent nomades ou passent à l'étranger (Pologne).

1958 Un enfant tsigane et un enfant juif sont mis en scène par Mikhaïl Kalatozov dans le film "Quand passent les cigognes" qui obtient le premier prix du Festival de Canne.

1967 Le cinéaste Evgueni Matveev réalise le film "Tsigane" qui met en scène une famille tsigane pendant la Seconde Guerre Mondiale.

1970 Les cinéastes Tabor et Eldar Ryazanov adaptent la pièce Bespridannitsa dans un film intitulé "Romance brutale".

1976 Le cinéaste Emil Lotianou adapte la nouvelle "Makar Chudra" dans le film "Les Tsiganes s'en vont aux cieux" dans lequel joue la troupe du Romen et qui obtient le Grand Prix du Festival de San Sebastian.

1977 Nikolaï Slitchenko devient directeur du Romen.

1988 Le Romen dirigé par Nicolas Slitchenko se produit à Paris au théâtre Mogador.

1992 A la chute de l'URSS, nouvelle vague d'émigration, y compris vers l'Amérique.

1993 Constantin Kazanski, d'origine bulgare et installé à Paris depuis 1971 tente avec la chanteuse roumaine Véronica Codolban son épouse, de reconstituer la musique et l'atmosphère du  Sokolov sur la base de partitions manuscrites anciennes. Le  fondé en 1987 réalise le disque Pale Reka. L'esprit de cette interprétaion est cependant fortement contesté par certains membres du Romen.

Mon ami, l'historien russe Nikolaï Bessonov m'a fait sur ce texte les critiques suivantes :

- l'entrée des Roma en Russie semble plus tardive que la date retenue de 1501.

- les premiers choeurs du comte Orlov n'auraient pas été constitués de Tsiganes moldaves mais de Tsiganes russes (Ruska Roma) comme le prouvent leurs noms de famille. On se reportera avec profit à l'ouvrage abondamment illustré Istoria Tsygan indiqué en bibliographie et au site très complet de Nikolaï Bessonov http://bessonov-art.narod.ru

Pour l'histoire contemporaine, on se reportera avec profit aux travaux de l'historien tsigane biélorusse Valdémar Kalinine, de l'académicienne Nadejda Demeter (dont celui en collaboration avec Nikolaï Bessonov et Vladimir Koutenkov), de Edward Shiline et de Alaina Lemon.

 

 

Sources et bibliographie

Apologie de quelques cordes cassées, Constantin Kazanski, Etudes Tsiganes, Paris 1986/4.

Tsigane, Efim Drouts et Alexeï Guessler, Moscou, 1990.

Narodhye pesni rousskikh Tsygan, Efim Drouts et Alexeï Guessler, Moscou, 1988.

Gypsies and Gypsy Chorus of old Russia, V. Bobri, Journal de la Gypsy Lore Society (3) 40. 1961.

The Gypsies, Angus Fraser, Blackwell, 1992-1995.

Les s Tsiganes en Russie, Efim Drouts et Alexeï Guessler, Etudes Soviétiques n° 485, 1988, p. 60.

A History of the Gypsies of Eastern Europe and Russia, David Mac Crowe, St Martin's Griffin, New York, 1994-1996.

Les Roms de Russie, Edward Shilin and Maëva Ott, dans Interface n° 38, p. 15, Paris, 2000.

Istoria Tsygan, Nadejda Demeter, Nikolaï Bessonov et Vladimir Koutenkov, Moscou 2000.

 

© Balval 1998, révision 2003.