LES ROMA DU KOSOVO -VICTIMES OUBLIEES
by  Orhan Galjus

(Extraits traduction Balval d'après Romnet)

Texte anglais complet

  Il y a quinze ans, dans l'une des écoles primaires du Kosovo au cours d'une leçon en langue serbo-croate pour les enfants de première année, comme c'était leur première semaine d'école, l'enseignant demanda aux élèves de se présenter :
  "Quel est votre nom?"

  "Je m'appelle Merita Muharemovich."

Le maître s'interrompit un instant à son bureau, et essaya de rectifier l'erreur que Merita avait commise en énonçant son nom de famille de cette façon puisque sur le registre d'appel, il y avait simplement marqué "Muharemi".

  L'après-midi même, ayant appris la façon dont Merita s'était présentée à la classe, tous les membres de sa famille éclatèrent de rire pour cette "leçon de vie". Vous voyez, Merita était la seule tsigane élève de cette classe de première année... Elle illustre très bien son désir de s'identifier aux autres élèves de la classe, de paraître "comme tout le monde". Cette situation était la même pour les autres Roma élèves des écoles albanaises de la région.  Ici, le nom de famille de Merita aurait été Muharemi, le nom, par chance, enregistré à l'état civil.  Puis, à nouveau, si elle avait appartenu à la section d'enseignement turc, son nom aurait pu devenir  Muharemsoy, avec la terminaison turque  en -soy.

  Il est bien connu que les Turcs et les Albanais qui travaillaient dans les premières administrations socialo-communistes du Kosovo, et qui souhaitaient accroître le nombre des ressortisants de leurs minorités, inscrivaient des noms de famille "officiels" à consonnance turque ou albanaise sur les  registres de naissances de l'état-civil.  Ils ont ainsi changé la plupart des noms des citoyens Roma enregistrés.

  Un phénomène étrange, incompréhensible, bien que finalement "accepté" (par les Roma) est leur distribution parmi la population du Kosovo. Même après la seconde guerre mondiale, les Roma ont dû changer de noms de famille pour se faire reconnaître (à l'exemple des Kalé). Durant cette période, on a donné aux Roma des noms de famille d'origine turque, serbe ou albanaise et dont le sens était souvent dégradant : l'un de ceux que l'on rencontre encore est "Delibalta", qui, en turc signifie "Désaxé", ou par exemple "Vragovich", qui signifie en serbe "Enfant du diable"; "Choulanjee" attribue aux Roma une origine paysanne à connotation très péjorative (Péquenots, bouseux),  et le nom de famille "Karach", largement en faveur chez les administrateurs turcs, équivaut au terme anglais "negro."  L'un des surnoms les plus largement répandus dans les familles Roma soumis à l'influence des Albanais est "Berisha." Généralement, il ne s'agit pas uniquement d'utiliser les Roma pour obtenir la création de davantage de Turcs, d'Albanais ou aujourd'hui de vieux Yougoslaves de souche mais de casser l'identité romani dans la région du Kosovo ...

C'est pourquoi ils étaient et sont encore divisés par la religion et par la partition ethnique et qu'ils ne peuvent être perçus comme étant politiquement homogènes, c'est pourquoi, ils ne peuvent prendre une position ferme dans cette guerre fratricide.


Une affaire politique dans le but de détruire l'identité Romani et de faire des Roma des boucs émissaires a eu lieu à Pristina en octobre 1990 .  Les médias ont rapporté que dans la capitale du Kosovo et à Metohia, s'était tenue une réunion inaugurale de l'Asssociation des Egyptiens du Kosovo. Beaucoup de citoyens furent étonnés, se demandant : "D'où viennent ces Egyptiens du Kosovo ?" A la réunion de l'Association des Egyptiens, il fut annoncé que ceux-ci n'avaient aucune ambition politique autre que de maintenir leur propre identité et en particulier de se protéger contre l'albanisation, dont les membres avaient été l'objet des années durant. Cependant, un certain nombre d'entre eux se sont déclarés comme étant des Roma. Il apparaît ainsi qu' environ 100 000 "Egyptiens" vivraient au Kosovo !  Ali Krasnichi, le célèbre écrivain et politicien romano du Kosovo, a dit :
  "Ici, il est de notoriété publique, que les Ashkalies sont ces Roma qui ont été albanisés très tôt et que maintenant, leur langue maternelle est l'albanais. Je sais que dans certains meetings d'Egyptiens tenus à  Belgrade au début d'octobre 1990, au cours de la commémoration d'une de leurs fêtes à l'Ambassade d'Egypte, il y avait auprès d'eux le "Conseil des Egyptiens" de notre pays : ceux d'Orhid en Macédoine. Pour nous Roma, cet épisode a été très douloureux. Jusqu'ici, nous avions lutté pour notre propre affirmation, et aujourd'hui, des gens nous collent une autre identité. Depuis cette époque, nous avons interpellé les autorités serbes avec insistance pour obtenir pour nous les Roma du Kosovo et de Metohia, le statut de nationalité et ainsi éviter la division parmi nous".

  Mais mieux, le bien connu Sadriya Avduline cache pas ce fait : en même temps qu'il souhaite se déclarer "Egyptien", il dit "Nous, les Roma du Kosovo, avons fait l'expérience de beaucoup de choses importantes ; ne vous étonnez pas si je souhaite me déclarer personnellement "Egyptien". Cela signifie que cela procurera du travail à ma famille. Ici, j'obtiendrai davantage de droits ! Et croyez-moi, il n'y a pas d'autre raison pour que je me déclare "Egyptien".


Dans les années 1990 ce fut l'embrasement de la situation du Kosovo comme en témoigna le centre ville de Prishtina dans lequel une jeune fille Romani dut s'arrêter avant d'entrer. C'est alors qu'un nationaliste albanais lui arrosa les cheveux d'essence et y mit le feu. Avec cet acte, l'état d'embrasement monta à un niveau encore plus élevé !


S'il y a la guerre au Kosovo, on reprocherait encore une fois les mêmes choses aux Roma, les même que dans celle du conflit Serbo-Croato-Bosniaque leur non-participation massive  à la guerre civile inter-ethnique. Quelque soit le vainqueur final au  Kosovo, les Roma seraient stigmatisés comme déserteurs, traîtres, des gens qui ne veulent pas se battre . . . mais pour quoi et pour qui voudraient-ils se battre dans ces sortes de guerre? Jusqu'à quand pourront-il garder leur neutralité ? ...