Décès de Vania de Gila-Kochanowski

Le grand savant tsigane Jan Kochanowski (Vania de Gila) vient de nous quitter ce 18 mai 2007. Il était né le 6 août 1920 dans une forêt de la banlieue de Cracovie, la même année que Jean-Paul II, son aîné de quelques mois,  qu’il aurait aimé rencontrer. Son clan maternel, originaire de Lettonie,  nomadisait de la Pologne à la Biélorussie. Il vécut ainsi sous la tente et avec les chevaux jusqu’à l’âge de neuf ans. Son père qui appartenait à un clan de tradition militaire était officier de l’Armée Rouge et périt en défendant la ville de Smolensk en 1942.
Vania fit ses études au lycée catholique d’Aglona, et obtint son baccalauréat à Riga où il fit sa première année universitaire avant que son pays ne soit envahi par les nazis.
Durant la guerre, où plus de la moitié de sa tribu fut exterminée, il fut déporté deux fois et s’évada deux fois. Transféré dans notre pays pour y construire le mur de l’Atlantique, il rejoignit la Résistance au nord de Paris et obtint la médaille de la British Army. Il choisit alors la France, pays des Droits de l’Homme, comme nouvelle patrie.
Vania fut le premier et est peut-être toujours actuellement le seul Tsigane au monde à avoir soutenu brillamment deux thèses de doctorat : en linguistique (Sorbonne 1960) et en ethno-sociologie (Toulouse 1984). Son parcours exceptionnel se fit souvent dans le dénuement le plus complet pour payer ses études et dans l’adversité. Il n’eut en effet de cesse de dénoncer les associations caritatives prétendant s’occuper de son peuple. Il militait sans relâche contre la corruption internationale, pour la reconnaissance de l’ampleur du génocide tsigane pendant la seconde guerre mondiale et pour la création en France d’un Centre International de la Culture Indo-Romani (CICIR).
Combattant infatigable pour les droits de son peuple, il participa pratiquement à tous les Congrès mondiaux tsiganes en tant que membre du Praesidium. Il fut l’un des premiers à mener des recherches interdisciplinaires sur le terrain, d’abord dans les Balkans avec son ami le docteur en médecine Bernard Ely, puis en Inde, la mère-patrie des Tsiganes, invité par les plus fameuses universités et les plus grands pandits. Il fut le seul savant occidental à avoir assisté à l’adoption du hindi comme langue officielle de l’Union Indienne. Il était mondialement estimé et reconnu par tous les groupes ethniques : Gitans-Kalé, Manouches, Sintis, Roms, Banjaras de l’Inde… etc.
Il laisse une œuvre considérable, tant par ses découvertes linguistiques, qu’anthropologiques et ethno-sociologiques. Son œuvre est publiée sous les noms de Jan Kochanowski (son nom d’état-civil),  Vania de Gila (nom du clan paternel de sa mère) ou encore Vania de Gila-Kochanowski. Parmi ses ouvrages les plus récents, citons : Parlons Tsigane et le monumental Précis de la langue romani littéraire aux éditions l’Harmattan, les contes et récits bilingues Le Roi des Serpents et la Prière des Loups aux éditions Wallâda .
Sa carrière scientifique ne doit pas occulter son talent artistique. Il fut le plus fameux danseur tsigane des cabarets parisiens de l’après guerre, ami des Dimitriévitch et il n’hésitait pas à monter sur scène, que ce soit en Inde lors de la Conférence Internationale « Art, culture, littérature, éducation » à New-Delhi (1995) comme au Congrès mondial de la jeunesse tsigane à Barcelone (1997) où il fut ovationné. Il est d’ailleurs remarquable que ses deux fils aient suivi des carrières traditionnelles tsiganes, l’un en tant que chorégraphe chargé des ballets nationaux auprès du Ministère de la Culture du Gabon, l’autre en tant que général de brigade aérienne en France.
Il était membre de la Société de Linguistique de Paris (1955), membre du Conseil National des Langues et Cultures Régionales (1988), membre de l’Union Lettonne en France (2002), membre de Transparency International (1998), président de Romano Yekhipé France et avait été nommé Plénipotentiaire de la Romani Union auprès de l’UNESCO en  1984.


Editions Wallâda, 31 Les Capucins, 609 boulevard Joseph Collomp 83300 Draguignan.

Cf. photos dans la Prière des loups, p. 147.