Premières Assises Nationales des Langues de France

Samedi 4 octobre 2003

Cité des Sciences et de l’Industrie, Paris

Ces assises se sont tenues sous la Présidence de Monsieur le Ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon

accompagné de Monsieur Patrick Devedjan, Ministre Délégué aux Libertés locales.

Intervention du Dr Vania de Gila-Kochanowski

Atelier « Modernisation de la langue »

Je m’appelle Vania de Gila-Kochanowski, je fais partie de l’Union Latine et je représente ici la langue romani qui est celle du Peuple tsigane réparti dans le monde entier. Le 26 janvier 1964, à New-Delhi, j’ai été le seul savant occidental à participer à la déclaration du hindi comme langue véhiculaire de l’Union Indienne. Il y avait alors trois langues en compétition : l’anglais, le hindi et le sanskrit. A cette décision importante, j’ai apporté une contribution capitale, enlevant à l’anglais sa suprématie linguistique puisque j’ai personnellement persuadé l’opinion de choisir le hindi, notre langue sœur, comme langue véhiculaire de l’Inde. En effet, sur le plan pragmatique, le vocabulaire des Tsiganes est composé à 60 % de mots dont les racines sont communes au hindi-rajasthani. Le reste, c'est-à-dire le vocabulaire technique et moderne, c’est le vocabulaire des langues des pays où résident les Tsiganes. Vous en imaginez donc la diversité linguistique.

Alors que d’autres linguistes proposaient de forger ce vocabulaire à partir de langues anciennes : grec, latin… etc., j’ai proposé de sortir de cette tour de Babel de la façon suivante : en complétant le vocabulaire de tous les jours par les mots du hindi et pour le vocabulaire moderne et technique, par le vocabulaire international, c'est-à-dire commun aux langues romanes et à l’anglais. Tous ces mots étant, évidemment, adaptés au « canon » du mot tsigane.

Bien que je n’aie pu m’exprimer aussi longtemps que je l’aurais souhaité, je vous remercie cependant, de bien avoir voulu me donner la parole.

Le Dr Vania de Gila-Kochanowski dédicace pour Monsieur le Ministre,

l’un de ses ouvrages qui va lui être remis par un de ses collaborateurs.

Intervention de Jean-Claude Mégret

Atelier « Enseignement »

Je m’appelle Jean-Claude Mégret et je viens de Brive-la-Gaillarde en Corrèze. En tant que membre de Romano Yekhipe France, je représente la langue romani, qui est certainement ici, la seule langue totalement européenne, sinon mondiale. Donc, chez nous, pas de querelle de frontières. C’est en effet la langue des Tsiganes, des Gitans, des Sinte-Manouches, des Roms… etc, actuellement répartie  sous la forme de dix-sept dialectes principaux en Europe.

Originaire de l'Inde, puisqu’elle est en fait le hindi-rajasthani importé sur notre continent, elle est fille du sanskrit, c’est donc une langue de très grande culture.

Je me dois de faire remarquer au passage que c’est la langue des plus anciens émigrés du territoire national ayant gardé à la fois leur langue et leur culture puisque les Roma sont entrés en France en 1419 alors que Jeanne d’Arc sortait à peine du berceau. La romani a d’autre part contribué à préserver le patrimoine linguistique français. Je n’en donnerai qu’un exemple : savez-vous que chez moi dans le Massif Central, les Manouches possèdent dans leur dialecte, outre les 60% de mots d’origine indienne comme les autres dialectes tsiganes, environ 30% de mots venant des dialectes alsaciens ou frontaliers allemands ?

La culture tsigane est omniprésente et marque profondément le paysage culturel français puisque la mode est actuellement aux musiques et aux danses tsiganes, bien que le plus souvent confisquées par des artistes eux-mêmes non-Tsiganes.

En France, la romani concerne environ 400 000 voyageurs ou semi-sédentaires et sans doute plus d’un million de Tsiganes intégrés.

Pour la romani, l’état des lieux en France est très rapidement effectué : dans l’exposé pourtant extrêmement détaillé qui nous a été fait ce matin par Mr François Héran, elle n’apparaît nulle part. Il y a là, qu’elle soit volontaire ou non le reflet d’une ignorance systématique.

Donc, pour nous, ce sera très simple, nous ne demandons que deux choses :

-         que les enfants tsiganes puissent être alphabétisés correctement en français et que sur ce point, la France tienne les engagements qu’elle a signés au Conseil de l’Europe ;

-         que les Tsiganes puissent disposer, comme nous le demandons depuis plus de quarante ans, d’un Centre Culturel digne de ce nom, placé sous leur responsabilité et non pas sous celle d’autres personnes sensées parler en leur nom.

Pour le reste, les familles sauront bien préserver la langue, comme elles l’ont toujours fait malgré les pires persécutions.