Les voyageurs au sang d'or
roman de
KathyAsad-Dauthuile
dédié au guitariste gitan
Manitas de Plata



Editions de l'Houtland
Michel Loosen
5 avenue Foch 59114 Steenvoorde.

Avec un gajo, Aurélien, nous suivons le parcours de la famille de Frinkalo dans sa vie quotidienne à travers la France jusqu'aux Saintes-Marie.

Kathy Asad-Dauthuille qui possède une maîtrise d'espagnol après des études supérieures à Madrid connaît aussi bien les Gitans d'Espagne que ceux de France. Docteur ès-lettres, elle enseigne à Arras. Prix du Récit de la Renaissance Française en 1990, elle a publié de nombreux recueils de nouvelles (épuisés) et de poésies.

 

Avec Manitas de Plata (16 mars 1996)



 

Et la course vers le soleil couchant reprit comme si un fil  invisible se mettait à tirer par intermittence  et  à  la  secousse  duquel  ils  ne pouvaient résister.
Une grande force, un effluve d'énergie, une onde immense venait ébranler ces voyageurs privilégiés au  fin fond d'eux-mêmes et ils répondaient inconditionnellement  sans  qu'ils  connussent  la véritable cause perdue depuis des générations dans la mémoire collective.
Parce qu'un jour fut insufflé en eux le désir de partir ; siècles après siècles, millénaires après millénaires  peut-être,  ils planteraient  leur campement  pour  le  lever quelques jours,  quelques semaines après, mûs par le grand mouvement cyclique qu'ils sentaient vibrer en leurs entrailles.
Le grand chariot stellaire inversé reprenait sa course sur l'orbe terrestre.
Le long fleuve sans source coulait vers une mer jamais atteinte.
La quête les tiendrait jusqu'à leur dernier souffle pour être reprise ensuite par leur descendance,  quête  sublime  née  du  mystère  qui  les alimentait, les poussait, forgeait leurs rêves.
Les  obscures  racines  de  leur  destinée  leur donnaient une vérité inaltérable d'hommes authentiques encore liés aux mystères cosmiques, aux grands symboles de leur histoire, exceptionnellement unis avec leurs dieux oubliés.
Ainsi   vivaient-ils   dans   l'infini   sillage émanant de leur patronne, dans cette chaude et douce ombre illuminée de l'intérieur, dans cette invisible mais prodigieuse aura de leur vierge noire, et l'or coulait en leurs veines.

Extrait pages 144 et 145