Tom Odley

Un Gypsy poète

Tom Odley est né sur l’île de Sheppey, dans le Kent, en Angleterre en 1929, dans une famille de « Nidi » (Romanichels). 

Pendant près de 12 ans, il a servi dans la Royal Air Force, en tant que parachutiste instructeur.  En compagnie de sa (défunte) Piremni, son épouse adorée, Rose, Tom a élevé ses dix enfants.  Durant les nombreuses années passées « ade Drom » (sur la Route) avec sa famille, puis sédentarisé après la perte tragique de Rose, sa femme bien-aimée, suite à l’incendie de leur roulotte, Tom a lutté pour les droits de son peuple Rom.

Doté d’une belle voix de chanteur et amoureux des « mots », Tom a mis ses talents au service de la promotion de la cause romani. 

Révolté par « l’industrie Tsigane » et l’exploitation de ses compagnons Roms par certains pour des raisons d’avantages personnels, universitaires et politiques au sein de (soi-disant) associations caritatives, (à la fois romané et gajikané), Tom a apporté une contribution décisive à la fondation de la Romani Union Britannique dont il a été le Secrétaire Général durant de nombreuses années. 

Tom a assisté et participé à de nombreuses conférences et réunions à travers l’Europe et il a été responsable de nombreuses communications  avec les ministères britanniques.

Conscient de cette vérité « La plume est plus puissante que l’épée », Tom a utilisé sa poésie pour tenter de faire connaître aux Gajé, quelques-uns des sentiments que suscitent dans le Peuple Romano le sort que leur fait la société gajikané

A près de soixante dix ans, Tom continue à se battre pour le rêve d’un monde auquel les Roms de partout aspirent et cherchent à réaliser, pour cette « Liberté » trop souvent confondue avec celle du  « Tsigane errant » par les Gajé romantiques.

Le seigneur Rama a dit : « Parmi tous mes dons, le plus grand, c’est la compréhension ! ”

ETRE UN ROM

Est-ce que le kohri-menčerko[1] a fait l’amour à ta gorge

Et que de douleur, ton esprit s’est enfui de ta tête ?

As-tu essayé d’échapper au viol de tes Soeurs,

de tes Frères, de ta famille par les Gajé ?

 

As-tu été arraché de tes parents ou de ta fiancée

Pour monter à nouveau sur l’échafaud ?

Avec les supplices, les douleurs des chaînes du commerce d’esclaves,

Tu devrais bien savoir pourquoi les Roms ne sont pas « libres » ?

 

Nous sommes attachés à un passé qui n’est pas mort

Mais qui vit en chaque Tsigane !

 

Le mendiklo[2] que nous portons, c’est moins pour ne pas avoir le cou dénudé

que pour de vieilles blessures mentales,

Laissées par les fers et la corde qui l’ont entouré

Souhaitons de voir nos enfants naître libres !

 

Le mors et la bride, aucun cheval ne les a connus

Autant que le Tsigane qui a été destiné à les porter ;

Afin de nous garder soumis et accroître les profits

des Gajé, que cela ne semble guère déranger !

 

Nos larmes et notre chagrin sont une part de « Demain »,

Mémoires de la race qui ne peut jamais mourir,

Espoirs trahis d’évasion et plantes de pieds écorchées au fouet,

Jusqu’à ce que l’esprit hurle « Mo Devel[3]...Pourquoi ?


CHANSON D'AMOUR GITANE

(chanson)

Rêve, auprès de ton feu fatal, Mino, sauvagement

je rêve ;

Dans ses flammes vacillantes et dans les braises qui rougeoient,

j’ai vu ton amour si chaud et si vrai.

 

Désir, faute d’amour durable, Mino, mon âme

désire ;

Mon coeur me brûle à l’intérieur de la poitrine,

enflammé d’amour uniquement pour toi.

 

Je t’ai vue, les yeux noirs emplis de mystère ;

Alors j’ai su que le jour venu, tu serais à moi.

 

Etoiles ; le ciel de velours, au-dessus de nous est empli de scintillantes étoiles ;

Les cieux conspirent à légitimer notre amour en nous souriant, toi et moi.

Je supplie de tout mon cœur et toute mon âme, Mino, je supplie ;

Que tu diras que tu as besoin de mon amour,

Et que nous serons Romadi.

 

Je t’ai vue, les yeux noirs emplis de mystère ;

Alors j’ai su que le jour venu, tu serais à moi.

 

Rêve, dans ton feu fatal, Mino, sauvagement

je rêve ;

Tes yeux tsiganes brillent d’amour,

Et de promesses d’Eternité.

 

Fin, cet amour que nous partageons si fort, mon Amour, ne peut avoir de fin ;

Nos avenirs sont à présent mêlés,

Et ne retrouveront jamais leur liberté !


© Tom Odley, 1991

Traduction Balval 2003



[1] kohri-menčerko : c’est le carcan à trois pointes porté  en punition par les Roma esclaves des Principautés roumaines et qui les empêchait de s’allonger pour se reposer. Un tel carcan a été décrit au XIXè siècle par J.-A. Vaillant dans « Les Rômes » p. 410.
[2] mendiklo : petit foulard ou mouchoir (diklo), généralement de couleur rouge, porté autour du cou (men).
[3] Mo Devel : Mon Dieu.