Mes Sœurs, mes Frères, et vous, mes collègues les Savants,

Avec W.R. Rishi, les Romané Chavé perdent l'un de leurs plus fidèles défenseurs. En effet, depuis plus de trente ans, notre Padmashri n'aura cessé de défendre ceux qu'il considérait, comme moi-même, "les enfants exilés de l'Inde", notre Mère Patrie.

Même si nous n'étions pas d'accord sur l'origine exacte des Romané Chavé en Inde, lui, le Panjab, moi, le Rajasthan, nous nous accordions pour dire qu'ils descendaient des hautes castes militaires - les Rajputs et les Kshattriyas.

En tant qu'homme politique, notre Rishi, lui-même Panjabi, connaissait bien son Peuple, un des plus dynamiques de l'Inde. Certes, les danses et musiques panjabis diffèrent de celles des Romané Chavé, mais elles sont très dynamiques, comme les Panjabis eux-mêmes. C'est pourquoi notre Rishi pouvait compter sur eux. Et moi, votre Vania, je sais ce que savait Rishi : ces deux peuples indiens - Panjabis et Rajasthanis - ont toujours été et le sont encore aujourd'hui, les gardiens de nos frontières. Ainsi, je ne fais pas de différence, ni sur le plan politique, ni sur le plan éthique, entre nos deux fratries indiennes.

Durant le Congrès international de l'Education à Oxford (1971), Rishi a pu constater comment je défendais l'identité romani et la langue romani. Après le congrès, il m'a "enlevé" chez lui, à côté de l'Ambassade de l'Inde à Londres. Durant onze jours, j'ai parlé de notre histoire et lui, enregistrait mes propos. Il a fait de cet enregistrement le premier article avec lequel il a ouvert la revue internationale ROMA.

Chaque fois que je l'ai rencontré par la suite, il m'a répété que tel ou tel ministre indien faisait éloge de sa Revue et insistait : "Ce qui fait le prestige de la Revue ROMA, ce sont les articles de Vania de Gila-Kochanowski". Bien entendu, il en était très fier et il répondait que j'étais son plus cher Ami depuis plus de trente ans. Je n'en veux pour preuve qu'un passage d'une de ses dernières lettres, en date du 24 septembre dernier, à l'issue de "l'International Conference of Roma Heritage and Culture (8-14 avril 2001) : "Voyez mes commentaires sur vous à lapage 8 de la dernière parution de la Revue ROMA - Dr Vania de Gila-Kochanowski et Dr Rishi sont des Amis très proches, complémentaireset supplémentaires pour leur contribution à la cause romani".

Parlons maintenant de mes recherches en Inde, particulièrement au Rajasthan et au Cachemire. Sans compter la langue et la culture - danses et chansons -, j'ai travaillé dans les hôpitaux de Jodhpur, Jaipur et Srinigar où les médecins et les anthropologues m'ont toujours aidé. Mais, je ne négligeais pas les écoles, les collèges et les Universités où je faisais des exposés et discutais avec les étudiants et les professeurs. Avec mon scooter, j'ai parcouru de dangereuses montagnes de l'Himalaya, cherchant toujours les Roma. L'opinion la plus répandue était, avant Sir Ralf Turner et moi-même, que l'habitat des Roma se situait au nord-ouest du Cachemire ; or, dans mes pérégrinations, je n'ai trouvé que des nomades mongoloïdes noirauds.

Quand il s'agit de l'origine des Rajputs, de multiples questions jaillissent : quand sont-ils venus au Rajasthan ? Qu'étaient-ils auparavant ? A quelle tribu aryenne appartenaient-ils ? Les mêmes questions se posent pour les Panjabis : quand et comment les Aryens sont-ils venus au Panjab ? Quels peuples aborigènes y ont vécu avant eux ? Quelle tribu aryenne a donné les Panjabis ? Qui plus est, chaque problème résolu entraîne d'autres problèmes. C'est dire que rien n'est définitif et qu'il est évident que, seul, je ne peux pas répondre à toutes ces questions. Ainsi, la collaboration avec les autres savants s'impose, la même que celle dont j'ai bénéficié en 1965 et 1966 en Inde, avec les sommités dans tous les domaines des sciences humaines, tels que Catuverdi (linguiste), Ghurie (anthropologue), Karve (sociologue), Pandey (historien), etc., etc. Et je n'aurais garde d'oublier mon ami, le Général Bhagawati Singh, gouverneur de Delhi, qui a mis à ma disposition une équipe de médecins militaires pour m'aider dans mes recherches et mon très cher Ranjit Naïk, président des organisations des Roma-Banjara auprès desquelles il m'a recommandé. A tous ceux qui m'ont aidé dans mes recherches, je dis un merci chaleureux !

Ainsi, vous comprenez, mes sœurs, mes frères, et vous mes collègues, les savants, que j'ai besoin de votre collaboration pour continuer celles-ci et travailler sur les matériaux collectés depuis plus de trente ans.

Pour garder la primeur de mes recherches interdisciplinaires, j'ai publié dans le n° 149 de La Revue Diogène éditée par l'UNESCO (1990) un article sous le titre "Migrations aryennes et indo-aryennes", en français et en anglais, à l'appui de 58 références des plus grands indo-européanistes.

En voici l'avertissement :

"Dans cet article sont abordés les problèmes les plus controversés de l'histoire dynamique de L'Eurasie et de l'Amérique :

Tous ces problèmes sont liés les uns aux autres et la solution de chacun d'eux conduit à la solution des autres.

Comment ai-je été amené aux études indo-européennes ? Par le cheminement de mes recherches interdisciplinaires appliquées à la reconstitution de l'histoire et de la culture profonde du Peuple tsigane.

Dès lors, si les Romané Chavé (Tsiganes d'Europe) sont des Indo-Aryens, ou si les Indo-Aryens ont fondé Rome, les peuples latins et les Romané Chavé ont approximativement les mêmes composantes ethno-raciales. Alors, pourquoi ces derniers sont-ils persécutés ? C'est ma communication au Colloque international de Karasjok (Norvège)* qui explique les causes de ces persécutions."

Vania de GILA-KOCHANOWSKI

17 XII 2002

* Réunion d'experts sur "L'étude de l'ethno-développement et de l'ethnocide en Europe", organisée en mai 1983 par l'UNESCO, Division des Droits de l'Hommc et de la Paix (SS - 83 / CONF. 614/4 (a) / COL. 2).